Mini Miss, Maxi Business

Aux États-Unis et en Angleterre, les « beauty pageants », véritables machines de guerre pour bêtes de foires sur-maquillées, rassemblent de plus en plus de petites filles et des parents surexcités.

Les concours les plus intéressants, ceux qui mènent les plus rapidement à la notoriété et aux gains les plus importants, sont ceux du label « Full Glitz », traduisez « Total Bling Bling ». On ne s’intéressera pas à la beauté naturelle d’un nouveau né, au sourire charmant mais édenté d’une demoiselle de sept ans, ou à l’assurance bluffante d’une jeune adolescente lors de son discours d’introduction. Non, le « Glitz » ne supporte aucun défaut physique, même chez les plus jeunes.

Impossible pour les candidates de se présenter sans une sorte de dentier devant le jury, les dents de lait et les trous doivent se cacher derrière des facettes de céramique. Ce stratagème doit être sans cesse adapté et remplacé par un prothésiste dentaire, car le palet des enfant grandit et change. Personne ne veut voir sa protégée perdre ses dents en pleine représentation, les parents engagent donc des frais pouvant aller jusqu’à 350$ par mois pour leur assurer un sourire parfait. On ne s’étonnera pas de voir des enfants de 18 mois affichant dèja une bouche pleine de fausses dents.

Impossible également de se présenter avec des cheveux naturels, sans perruque, sans rajouts ou sans volume supplémentaire. Les coiffures des candidates rivalisent de hauteur avec celles des actrices des séries télévisées des années 80, les racines sont crêpées, les cheveux teints pour coller parfaitement à la couleur de l’ajout capillaire. La Mini-Miss « Full Glitz » est une mini Barbie trash, aux ongles en résine posés religieusement avant chaque compétition, dès trois ans, aux faux cils grotesques collés par une maman passionnée par l’image transformée de sa progéniture bionique, améliorée et tunée.

Si le spectacle se joue sur le podium, lors des trois passages obligatoires des catégories d’âges, d’abord en robe de soirée, puis parfois en maillot de bain ou en vêtements de sport, et enfin pour les talents, où les enfants doivent défiler en chantant, en dansant ou en récitant pour séduire le jury, il est aussi dans la salle.

Les parents miment les chorégraphies, encouragent et grondent, pleurent et trépignent, poussent les petits épuisés vers la scène avec la promesse d’un sac de bonbons ou d’une poupée. On distribue des petits sacs de sucre qui pique, des bonbons bien chimiques, aux enfants qui s’endorment en attendant leur tour, en comptant sur le ‘sugar high », sur le sucre, pour réveiller et énerver les bambins. Toutes les techniques sont bonnes pour assurer sur scène, le bâton ou la carotte, les insultes ou les encouragements.

En France, nos concours junior ont encore le parfum des kermesses, ils sont encore artisanaux, désorganisés. Il est inutile d’avoir été Mini-Miss France pour rêver accéder au titre de Miss France, il n’y a pas de circuit obligatoire avant dix huit ans pour les aspirantes à la beauté.

Mais les mini-businesses rapportent un max de bénéfices, et la multiplication des concours innocents semble indiquer que nous aurons bientôt, nous aussi, notre armée de petites filles botoxées.

A lire aussi

Leave a Reply